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Croire sur parole pièces

Troisième partie : les objections écartées (C) · Récits, droit, théologie, médecine prophétique

Cote 77/81

14. L’interrogatoire eschatologique nié puis affirmé

Les textes.

Coran 55:39, dans la description du Jour : فَيَوْمَئِذٍ لَّا يُسْـَٔلُ عَن ذَنۢبِهِۦٓ إِنسٌ وَلَا جَآن (« ce jour-là, nul homme ni djinn ne sera interrogé sur son péché »).

En face, Coran 15:92-93 : فَوَرَبِّكَ لَنَسْـَٔلَنَّهُمْ أَجْمَعِين عَمَّا كَانُوا۟ يَعْمَلُون (« par ton Seigneur ! Nous les interrogerons certainement tous, sur ce qu’ils faisaient »).

Et Coran 37:24, dans la scène du rassemblement : وَقِفُوهُمْ ۖ إِنَّهُم مَّسْـُٔولُون (« arrêtez-les : ils doivent être interrogés »).

S’y ajoute un second couple, où l’interrogation n’est plus celle d’Allah mais celle des ressuscités entre eux. Coran 23:101 la nie : فَإِذَا نُفِخَ فِى ٱلصُّورِ فَلَآ أَنسَابَ بَيْنَهُمْ يَوْمَئِذٍ وَلَا يَتَسَآءَلُون (« quand on soufflera dans la Trompe, plus de généalogies entre eux ce jour-là, et ils ne s’interrogeront pas mutuellement »).

En face, Coran 52:25 et 37:27, deux fois la même phrase : وَأَقْبَلَ بَعْضُهُمْ عَلَىٰ بَعْضٍ يَتَسَآءَلُون (« et ils s’avanceront les uns vers les autres en s’interrogeant »).

La charge.

Chaque couple oppose une négation à une affirmation sur le même point, et la tension est reconnue de l’intérieur. Al-Ṭabarī rapporte qu’un homme vint soumettre à Ibn ʿAbbās les deux versets du second couple. Ibn Kathīr place 55:39 et 15:92-93 côte à côte : le premier vaut pour un état, et il en est un autre où les créatures sont interrogées sur toutes leurs œuvres. Al-Shinqīṭī, enfin, traite le cas comme une contradiction apparente à lever, et lui donne deux réponses.

La défense de la tradition.

La défense retenue est celle des mawāqif, les états successifs du Jour. Al-Ṭabarī la rapporte de la première exégèse. Ibn ʿAbbās situe 23:101 au premier souffle de la Trompe, et 52:25 après l’entrée au Paradis. Qatāda lit 55:39 comme postérieur à une interrogation déjà faite : les bouches sont alors scellées, et les membres parlent à leur place. C’est une restriction de portée (takhṣīṣ) que le texte fonde, non une harmonisation forgée après coup.

Le Coran marque lui-même ces phases. 36:65, « aujourd’hui Nous scellons leurs bouches », suppose une parole antérieure ; 78:38 et 11:105 conditionnent la parole à une permission, donc à un moment où elle est refusée. Et les versets du second couple portent leur repère dans leur propre lettre : 23:101 est subordonné au souffle de la Trompe, 52:25 se situe au Paradis (52:17), 37:27 pendant la reddition de comptes. Quant à 55:39, il dépend de la condition posée en 55:37, « quand le ciel se fendra », et son contexte immédiat, où les criminels sont reconnus à leurs marques (55:41), motive l’absence d’enquête sans exclure la réprimande.

L’autre réponse, celle qu’al-Shinqīṭī préfère, sépare deux interrogations : celle qui s’informe, niée, et celle qui accable, affirmée. Ibn ʿAbbās la formulait déjà, dans un propos que rapporte Ibn Kathīr : Allah ne leur demande pas « avez-vous fait ceci ? », puisqu’Il le sait mieux qu’eux, mais « pourquoi l’avez-vous fait ? ». Le texte y prête, puisque l’ordre de 37:24 est immédiatement suivi d’un reproche : « qu’avez-vous à ne pas vous secourir les uns les autres ? » (37:25).

Le verdict.

Objection écartée. Le coût résiduel n’est pas nul. Cette distinction, le Coran ne l’énonce nulle part : elle se lit sur la forme des questions. Et 15:92-93, l’affirmation la plus forte, ne porte aucun repère de moment : c’est la défense qui lui assigne un moment, non le verset. Le schème des mawāqif, pris seul, serait un solvant universel : il réconcilierait deux énoncés quelconques en les affectant à deux moments. Ici il ne tourne pas à vide, parce que les autres moments sont nommés par les versets eux-mêmes.

Ce qui renverserait ce verdict : l’établissement que le scellement des bouches de 36:65 ne suppose aucune parole antérieure, ou que le souffle de la Trompe de 23:101 et la scène de 52:25 sont un seul et même moment : le schème des mawāqif n’aurait plus rien à répartir et redeviendrait le solvant universel qu’il n’est pas ici.

Objection écartée.Défense : conciliation des variantes.

Les pièces du dossier · 13