15. Iblīs, ange ou djinn
Les textes.
Coran 2:34, l’ordre de prosternation devant Ādam : وَإِذْ قُلْنَا لِلْمَلَـٰٓئِكَةِ ٱسْجُدُوا۟ لِـَٔادَمَ فَسَجَدُوٓا۟ إِلَّآ إِبْلِيس (« et lorsque Nous dîmes aux anges : prosternez-vous devant Ādam, ils se prosternèrent, sauf Iblīs (le diable) »), avec six parallèles : 7:11, 15:31, 17:61, 18:50, 20:116 et 38:74.
Coran 18:50, sur la nature d’Iblīs : كَانَ مِنَ ٱلْجِنِّ فَفَسَقَ عَنْ أَمْرِ رَبِّه (« il était des djinns et il se rebella contre l’ordre de son Seigneur »).
Coran 7:12, Allah s’adressant à Iblīs : مَا مَنَعَكَ أَلَّا تَسْجُدَ إِذْ أَمَرْتُك (« qu’est-ce qui t’a empêché de te prosterner quand Je te l’ai ordonné ? »).
En regard, 66:6 et 16:49-50, sur l’obéissance sans faille des anges.
La charge.
L’exception de 2:34, prise au sens apparent, fait d’Iblīs un ange, contre l’impeccabilité angélique ; mais s’il était des djinns, l’ordre adressé aux anges ne l’incluait pas et sa condamnation perdrait son fondement. La charge est recevable : la lecture angélique fut tenue par Ibn ʿAbbās, Ibn Masʿūd et Qatāda, et préférée par al-Ṭabarī, preuve que la tension fut ressentie de l’intérieur.
La défense de la tradition.
Les deux branches sont défaites par des textes, non par des gloses. La première par 18:50 lui-même, où le fāʾ causal (le « et » de « et il se rebella », qui vaut « donc ») rattache la désobéissance à la nature djinnique. La conclusion est ancienne : sur ce verset, Ibn Kathīr cite al-Ḥasan al-Baṣrī, dont il tient la chaîne pour saine, ما كان إبليس من الملائكة طرفة عين قط ، وإنه لأصل الجن « Iblīs ne fut jamais un ange, fût-ce le temps d’un clin d’œil ; il est la souche des djinns ».
La seconde branche tombe par 7:12 : l’inclusion d’Iblīs dans l’ordre y est un énoncé coranique explicite, et le taghlīb (l’adresse au groupe dominant, qui inclut celui qui vit parmi lui) en rend compte par une construction ordinaire de l’arabe.
Le verdict.
Objection écartée. Le coût résiduel n’est pas nul : les sept exceptions se lisent alors comme disjointes, celui qu’on excepte n’appartenant pas au groupe dont on l’excepte. C’est une lourdeur, non une insatisfiabilité : Iblīs est des djinns, l’ordre adressé aux anges parmi lesquels il vivait le visait, et il y a désobéi ; les sept versets et l’impeccabilité angélique tiennent ensemble.
Ce qui renverserait ce verdict : l’établissement que le fāʾ de 18:50 ne rattache pas la désobéissance à la nature djinnique, ou que le taghlīb ne rend pas compte de l’inclusion d’Iblīs dans l’ordre en 7:12 : l’une des deux branches du dilemme redeviendrait ouverte.
Objection écartée.Défense : relecture lexicale.
Les pièces du dossier · 10
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