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Croire sur parole pièces

Troisième partie : les objections écartées (C) · Récits, droit, théologie, médecine prophétique

Cote 76/81

13. L’ensorcellement du Prophète contre 17:47 et la ʿiṣma

Les textes.

Bukhārī 5763, ṣaḥīḥ, parallèle Muslim 2189, sur le sortilège de Labīd b. al-Aʿṣam : يُخَيَّلُ إِلَيْهِ أَنَّهُ يَفْعَلُ الشَّىْءَ وَمَا فَعَلَهُ (« il s’imaginait faire une chose alors qu’il ne l’avait pas faite »).

Bukhārī 6063, ṣaḥīḥ, glose l’état du Prophète par masḥūr, ensorcelé.

En face, Coran 17:47, où le même mot est un propos des injustes : إِن تَتَّبِعُونَ إِلَّا رَجُلًۭا مَّسْحُورًا (« vous ne suivez qu’un homme ensorcelé »), repris en 25:8.

S’y ajoute Coran 5:67, sur la protection divine promise au Prophète : وَٱللَّهُ يَعْصِمُكَ مِنَ ٱلنَّاسِ (« Allah te protégera des gens »).

La charge.

Le corpus applique au Prophète le mot même dont le Coran fait une injure de ses adversaires. L’incompatibilité fut soutenue de l’intérieur : al-Naẓẓām la porte, al-Jaṣṣāṣ tient le hadith pour une fabrication, ʿAbd al-Jabbār, que cite al-Rāzī, oppose au récit la protection de 5:67, et Muḥammad ʿAbduh le récuse au nom de 17:47 et de la ʿiṣma. La question est donc recevable.

La défense de la tradition.

La défense retenue se lit chez al-Nawawī, dans le Sharḥ Ṣaḥīḥ Muslim. al-Māzarī oppose à ceux qui rejettent le hadith que la ʿiṣma est établie pour la transmission du message et ne s’étend pas aux affaires du monde ; al-Qāḍī ʿIyāḍ conclut que le siḥr n’eut prise que sur le corps et l’extérieur des membres, non sur l’intelligence, le cœur et la croyance.

al-Rāzī, dans Mafātīḥ al-Ghayb, donne la réponse qui vise l’objection elle-même : les mécréants entendaient par masḥūr un homme que le sortilège avait privé de raison, quand un sortilège qui ne fait que meurtrir le corps n’est nié par personne. Allah, écrit-il, ne donna jamais à un démon, à un homme ni à un djinn le pouvoir d’atteindre le Prophète dans sa religion, sa loi ou sa prophétie ; le dommage porté au corps, lui, n’a rien d’invraisemblable.

Le verdict.

Objection écartée. Ces formulations sont postérieures au problème, mais leurs pièces porteuses leur sont antérieures et indépendantes. 17:47 appartient à la série mecquoise des disqualifications du message : Mujāhid, cité par al-Qurṭubī, y rend masḥūr par makhdūʿ, « abusé », et le verset vise la crédibilité de la révélation, non l’immunité corporelle.

20:66 applique le même verbe, yukhayyalu ilayhi, « il lui semblait », à la perception de Mūsā (Moïse) altérée par le siḥr, sans atteinte à sa mission. Bukhārī 6063, qui remonte à ʿĀʾisha comme Bukhārī 5763, restreint lui-même l’illusion au domaine conjugal. Enfin, la lecture étroite de 5:67 est imposée à la tradition par la blessure d’Uhud et le poison de Khaybar, qu’elle a toujours admis, indépendamment du siḥr. La charge ne produit aucun texte admissible où le sortilège toucherait le culte ou la révélation, tandis que le récit montre la révélation opérant pour le défaire.

Ce qui renverserait ce verdict : un texte admissible où le sortilège atteindrait le culte ou la transmission de la révélation, et non le seul domaine conjugal auquel Bukhārī 6063 le restreint : la distinction du corps et du message, sur laquelle la défense repose tout entière, ne tiendrait plus.

Objection écartée.Défense : distinction conceptuelle.

Les pièces du dossier · 7