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Croire sur parole pièces

Deuxième partie : les tensions non résolues (B) · Cosmologie et astronomie

Cote 12/81

7. Les sept terres

Les textes.

Coran 65:12 : ٱللَّهُ ٱلَّذِى خَلَقَ سَبْعَ سَمَـٰوَٰتٍ وَمِنَ ٱلْأَرْضِ مِثْلَهُنَّ يَتَنَزَّلُ ٱلْأَمْرُ بَيْنَهُن « Allah est Celui qui a créé sept cieux, et de la terre autant qu’eux ; l’ordre descend entre eux ».

Bukhārī 2454 (ṣaḥīḥ ; parallèles Bukhārī 3195-3196 et Muslim 1610) : مَنْ أَخَذَ مِنَ الأَرْضِ شَيْئًا بِغَيْرِ حَقِّهِ خُسِفَ بِهِ يَوْمَ الْقِيَامَةِ إِلَى سَبْعِ أَرَضِينَ « Quiconque prend de la terre une portion sans droit sera englouti avec elle, au Jour de la résurrection, jusqu’à sept terres ».

La contradiction.
P1

Coran 65:12 pose sept cieux « et de la terre autant qu’eux », et le hadith rend ces terres dénombrables, superposées et traversables vers le bas, puisqu’on peut y être englouti « jusqu’à sept terres ».

P2

L’exégèse classique majoritaire retient sept terres empilées, séparées par des distances comparables à celles des cieux : al-Ṭabarī sur 65:12 rapporte d’Ibn Masʿūd que les terres sont sept, avec cinq cents ans entre deux terres et cinq cents ans d’épaisseur pour chacune, Ibn Kathīr reprend ce compte, et al-Qurṭubī donne cette lecture pour celle du plus grand nombre.

P3

Fait établi : la Terre est un corps unique, à structure interne gradationnelle (croûte, manteau, noyaux), sans sept terres discrètes, et rien sous la croûte n’est une terre au sens du texte.

donc

Le sens apparent que le hadith impose au verset est incompatible avec P3.

La défense de la tradition.

La position majoritaire assume la superposition, certains rapportant des habitants en chacune, et renvoie l’ensemble au ghayb : l’absence de découverte ne prouve pas l’inexistence, les terres inférieures pouvant être hors de portée de l’observation. Mais al-Qurṭubī, sur ce verset, range deux autres lectures à côté d’elle. La première est celle d’al-Ḍaḥḥāk, mort vers 723 : sept terres appliquées l’une sur l’autre sans intervalle, ولكنها مطبقة بعضها على بعض من غير فتوق بخلاف السموات « mais elles sont appliquées l’une sur l’autre, sans fentes, à la différence des cieux ». Ce sont les couches d’un seul globe, non des mondes séparés. La seconde, qu’al-Qurṭubī tient d’al-Kalbī remontant à Ibn ʿAbbās, donne sept terres étendues côte à côte, séparées par les mers, que le même ciel couvre toutes. Islamweb, fatwa anglaise 82776, recense encore les trois.

Le plus fort tenant de ces deux lectures est al-Rāzī, au 12e siècle. Sur 65:12, il lit mithlahunn (« autant qu’eux ») comme une ressemblance de structure et non de nombre, مِثْلَهُنَّ فِي كَوْنِهَا طِبَاقًا مُتَلَاصِقَةً كَمَا هُوَ الْمَشْهُورُ أَنَّ الْأَرْضَ ثَلَاثُ طَبَقَاتٍ « autant qu’eux, en ceci qu’elles sont des couches accolées, comme il est notoire que la terre est trois couches ». Il accueille ensuite le compte par climats, c’est-à-dire par les bandes du monde habité que découpait la géographie ancienne, وَلَا بَعُدَ فِي قَوْلِهِ: وَمِنَ الْأَرْضِ مِثْلَهُنَّ مِنْ كَوْنِهَا سَبْعَةَ أَقَالِيمَ « et il n’est pas invraisemblable que, dans ce verset, elles soient sept climats ». Ces deux lectures, écrit-il, sont celles que la raison n’écarte pas, et tout le reste de ce que transmettent les exégètes, elle le refuse. Les cinq cents ans en font partie : ils ne sont pas retenus par les gens de la vérification. فَذَلِكَ غَيْرُ مُعْتَبَرٍ عِنْدَ أَهْلِ التَّحْقِيقِ

Une autre branche porte sur le hadith lui-même. Lue de façon imagée, la variante de ʿĀʾisha dans Bukhārī 3195-3196, طُوِّقَهُ مِنْ سَبْعِ أَرَضِينَ « il en sera fait un collier de sept terres », est un châtiment du Jour de la résurrection et non une géographie ; le hadith de l’engloutissement dirait alors la peine, non la structure du sol.

Le verdict.

La lecture qui produit la contradiction est bien celle que la tradition défend, et elle la défend contre les autres. Ibn Kathīr sur 65:12 glose « et de la terre autant qu’eux » par أي سبعا أيضا « c’est-à-dire sept aussi », puis écarte la lecture des climats dans les termes les plus durs, ومن حمل ذلك على سبعة أقاليم فقد أبعد النجعة ، وأغرق في النزع ، وخالف القرآن ، والحديث بلا مستند « qui entend cela de sept climats est allé chercher trop loin, a forcé le trait, et a contredit le Coran et le hadith sans aucun appui ». La charge vise une position réellement soutenue : al-Rāzī, mort un siècle et demi avant lui, la tenait.

Du côté des commentateurs du hadith, al-Munāwī, au 17e siècle, ferme la même voie dans son Fayḍ al-Qadīr, en commentant ce hadith, وأخطأ من زعم أن المراد سبعة أقاليم إذ لا اتجاه لتحمل شبر لم يأخذه ظلما بخلاف طباق الأرض فإنها تابعة ملكا وغصبا « s’est trompé qui a prétendu qu’il s’agissait de sept climats : rien ne justifie qu’on lui fasse porter un empan qu’il n’a pas pris injustement, à la différence des couches de la terre, qui suivent le sol en propriété comme en usurpation ». Son motif est de droit : ce qui se tient sous la parcelle la suit en propriété et en usurpation, quand les autres climats ne la suivent pas. Rien dans cet argument n’oblige à choisir entre sept mondes empilés et sept couches d’un seul globe : la lecture des couches en sort intacte.

Reste le coût, et il tient au nombre. Aucun tenant de cette lecture n’obtient sept par les couches : al-Rāzī en compte trois et va chercher le sept dans les climats, al-Munāwī ne compte pas, et la structure interne du globe est graduée, sans coupure qui y découpe sept enveloppes. Le concordisme contemporain, qui identifie les sept terres aux enveloppes internes du globe, reprend la lecture des couches sans l’inventer et bute sur le même nombre. La défense sauve donc ce que le verset dit d’un globe stratifié et perd la seule quantité qu’il énonce. La défense du ghayb, terres réelles mais indétectables sous la terre observée, nie quant à elle la portée de l’observation sans rien résoudre : le juge la qualifie de fuite.

B et non A parce que la voie des couches et celle des climats ont des tenants classiques nommés, bien antérieurs à toute géologie, et parce que la part strictement cosmologique de 65:12 (terres « autres », hors de la Terre) reste invérifiable plutôt que réfutée. Pas C parce que prendre cette voie coûte deux choses à la tradition : abandonner la lecture que la majorité tire du hadith ṣaḥīḥ et qu’Ibn Kathīr défend nommément, et laisser le compte de sept sans rien à quoi l’attacher.

Le juge précise enfin d’où viennent les habitants des sept terres. al-Bayhaqī rapporte d’Ibn ʿAbbās, par Sharīk, le juge de Kūfa, et par ʿAṭāʾ b. al-Sāʾib, سبع أرضين ، في كل أرض نبي كنبيكم ، وآدم كآدم « sept terres, en chacune un prophète comme le vôtre et un Ādam comme Ādam ». Ibn Ḥajar donne l’un et l’autre pour sincères mais peu sûrs de mémoire, le premier depuis qu’il eut cette charge, le second sur la fin de sa vie. Ce n’est pas sur cette voie qu’al-Bayhaqī se prononce : il tient pour saine la chaîne d’un rapport plus court, où Ibn ʿAbbās dit seulement qu’en chaque terre il y a quelqu’un de semblable à Ibrāhīm (Abraham), et l’écarte quand même, إسناد هذا عن ابن عباس صحيح وهو شاذ بمرة ، لا أعلم لأبي الضحى عليه متابعا « la chaîne en est saine, et il est absolument shādhdh ; je ne connais personne qui ait suivi Abū al-Ḍuḥā là-dessus ». Le mot shādhdh (« anormal par isolement ») dit le motif du rejet : Abū al-Ḍuḥā, qui tient le propos d’Ibn ʿAbbās, est seul à le rapporter, et l’écart est de transmission avant d’être de contenu. Tension non résolue confirmée.

Ce qui renverserait ce verdict : une lecture attestée dans la tradition qui rattache le compte de sept à une articulation réelle du globe, et non aux trois couches d’al-Rāzī ni aux climats qu’Ibn Kathīr et al-Munāwī écartent, car la défense ne coûterait alors plus rien ; ou, en sens contraire, l’établissement que l’engloutissement « jusqu’à sept terres » interdit la lecture des couches comme il interdit celle des climats, car il ne resterait plus aucune voie.

Tension non résolue.Défense : relecture lexicale.

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