Aller au contenu
Croire sur parole pièces

Troisième partie : les objections écartées (C) · Abrogation, cohérence du texte, récits de la révélation

Cote 57/81

7. Les récits divergents de la première révélation

Les textes.

Bukhārī 6982 (ṣaḥīḥ), d’après ʿĀʾisha : le premier texte révélé fut ٱقْرَأْ بِٱسْمِ رَبِّكَ ٱلَّذِى خَلَقَ « lis au nom de ton Seigneur qui a créé » (96:1), dans la grotte de Ḥirāʾ.

Bukhārī 4922 (ṣaḥīḥ), d’après Jābir : ce fut يَٰٓأَيُّهَا ٱلْمُدَّثِّرُ « ô toi qui t’enveloppes d’un manteau » (74:1). Quand on lui objecte le premier récit, Jābir maintient sa réponse : لاَ أُحَدِّثُكَ إِلاَّ مَا حَدَّثَنَا رَسُولُ اللَّهِ « je ne te rapporte que ce que l’Envoyé d’Allah nous a rapporté ». Muslim 161d porte le même échange.

S’y ajoute une autre version du même récit de Jābir, celle d’al-Zuhrī (Muslim 161a) : le Prophète y reconnaît, dans l’apparition qui précède 74:1, الْمَلَكُ الَّذِي جَاءَنِي بِحِرَاءٍ « l’ange qui était venu à moi à Ḥirāʾ ».

La charge.

Deux récits ṣaḥīḥ répondent différemment à une même question de fait : quel texte fut révélé le premier ?

La défense de la tradition.

La réconciliation classique (al-Nawawī, Sharḥ Ṣaḥīḥ Muslim ; Ibn Ḥajar, Fatḥ al-Bārī) distingue deux « premiers » : le premier texte révélé, 96:1, et le premier révélé après l’interruption de la révélation (la fatra), 74:1. Sa force tient à ce que la preuve est interne. Que l’ange soit déjà venu à Ḥirāʾ suppose un épisode de révélation antérieur à 74:1, et c’est le récit de Jābir qui porte cette mention.

La réponse de Jābir est donc requalifiée en déduction de compagnon (istinbāṭ), non en parole prophétique, et la tradition n’a jamais professé l’infaillibilité des déductions de compagnons.

Le verdict.

Objection écartée. La requalification a un coût : ce que le compagnon revendique comme rapport reçu du Prophète, l’harmonisation le reclasse en inférence. Al-Nawawī va plus loin et juge l’affirmation que 74:1 fut le premier texte révélé ضعيف بل باطل « faible, et même fausse ».

L’appui interne ne se trouve d’ailleurs pas dans la version où Jābir donne sa réponse. Ibn Ḥajar le consigne lui-même : celle de Bukhārī 4922 ne porte pas la mention de l’ange, et c’est ce manque qui a fait tenir à certains 74:1 pour le premier texte révélé. La version d’al-Zuhrī, authentique elle aussi, lève seule la difficulté.

La clé de la réconciliation vient du corpus lui-même, et un lecteur neutre la juge raisonnable : la version qui la porte est ṣaḥīḥ, et c’est bien Jābir qu’elle rapporte.

Ce qui renverserait ce verdict : l’établissement que la mention de l’ange déjà venu à Ḥirāʾ est un ajout de la version d’al-Zuhrī et non un mot du récit de Jābir. La réconciliation perdrait son appui interne, et il ne resterait, contre la lettre de Bukhārī 4922, qu’un rapport revendiqué comme prophétique et reclassé en déduction de compagnon.

Objection écartée.Défense : conciliation des variantes.

Les pièces du dossier · 6