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Croire sur parole pièces

Troisième partie : les objections écartées (C) · Abrogation, cohérence du texte, récits de la révélation

Cote 58/81

8. La vision de Dieu : 6:103 contre les hadiths de la vision

Les textes.

Coran 6:103, sur ce que la vue peut atteindre de Dieu : لَّا تُدْرِكُهُ ٱلْأَبْصَـٰر « les regards ne L’atteignent pas ».

Coran 7:143, la demande de Mūsā (Moïse) au rendez-vous du Sinaï : لَن تَرَىٰنِى « tu ne Me verras pas ».

Coran 75:22-23, sur les visages au Jour du Jugement : وُجُوهٌ يَوْمَئِذٍ نَّاضِرَةٌ إِلَىٰ رَبِّهَا نَاظِرَة « des visages ce jour-là resplendissants, vers leur Seigneur regardant ».

Bukhārī 7435 (ṣaḥīḥ) : إِنَّكُمْ سَتَرَوْنَ رَبَّكُمْ عِيَانًا « vous verrez certes votre Seigneur de vos propres yeux ».

Muslim 177a (ṣaḥīḥ), le déni de ʿĀʾisha, appuyé sur 6:103 : مَنْ زَعَمَ أَنَّ مُحَمَّدًا صلى الله عليه وسلم رَأَى رَبَّهُ فَقَدْ أَعْظَمَ عَلَى اللَّهِ الْفِرْيَةَ « qui prétend que Muḥammad a vu son Seigneur a forgé contre Allah le plus grand mensonge ».

Muslim 176a (ṣaḥīḥ), avis d’Ibn ʿAbbās sur le Miʿrāj : رَآهُ بِقَلْبِهِ « il L’a vu de son cœur ».

La charge.

Elle est double : 6:103 et le refus opposé à Mūsā contre la vision promise en Bukhārī 7435, le déni de ʿĀʾisha contre l’avis d’Ibn ʿAbbās.

La défense de la tradition.

Le point décisif de la défense est intra-coranique : 75:22-23 établit une vision eschatologique dans le Coran même, de sorte que la négation de 6:103 ne peut être absolue sans contredire le Coran ; la restriction au bas monde n’est donc pas fabriquée pour sauver les hadiths.

Une autre lecture de 75:22-23 est pourtant transmise : le mot rendu ici par « regardant », Mujāhid l’entendait comme l’attente de la récompense, et ceux qui le suivaient tiraient argument de 6:103. Ce n’est pas la lecture de la tradition dont la défense est jugée ici : al-Ṭabarī la rapporte pour lui préférer le regard porté sur le Créateur, et al-Qurṭubī, qui ne la connaît que de Mujāhid, la tient pour très faible et contraire au sens apparent du verset.

Deux appuis complètent la défense. Le lexique : 6:103 nie la saisie englobante (idrāk), non la vision (ruʾya). La grammaire : le refus opposé à Mūsā passe par une particule qui nie l’avenir sans dire jusqu’à quand (lan).

Le différend entre ʿĀʾisha et Ibn ʿAbbās, enfin, oppose deux avis de compagnons (mawqūf) qui ne portent pas sur le même objet : vision oculaire niée, vision « par le cœur » affirmée.

Le verdict.

Objection écartée. Le résidu est un désaccord que la tradition n’a jamais tranché. Al-Nawawī (Sharḥ Ṣaḥīḥ Muslim sur Muslim 177a) écrit الراجح عند أكثر العلماء أن رسول الله صلى الله عليه وسلم رأى ربه بعيني رأسه ليلة الإسراء « l’avis prépondérant chez la plupart des savants est que l’Envoyé d’Allah a vu son Seigneur des yeux de sa tête la nuit de l’isrāʾ ». ʿĀʾisha rangeait cette affirmation parmi les plus grands mensonges. C’est une tension vécue, non une insatisfiabilité.

Ce qui renverserait ce verdict : l’établissement que la tradition lit 75:22-23 avec Mujāhid, comme l’attente de la récompense et non comme un regard porté sur Dieu : la négation de 6:103 pourrait alors être tenue pour absolue, et la restriction au bas monde redeviendrait une clause posée pour sauver les hadiths.

Objection écartée.Défense : restriction de portée.

Les pièces du dossier · 6