10. Le mal vient de toi-même contre tout vient d’Allah (4:78-79)
Les textes.
Coran 4:78, réponse ordonnée face à ceux qui imputent le bien à Allah et le mal au Prophète : قُلْ كُلٌّ مِّنْ عِندِ ٱللَّه (« dis : tout vient de chez Allah »).
Coran 4:79, verset immédiatement suivant : مَّآ أَصَابَكَ مِنْ حَسَنَةٍ فَمِنَ ٱللَّهِ ۖ وَمَآ أَصَابَكَ مِن سَيِّئَةٍ فَمِن نَّفْسِك (« tout bien qui t’atteint vient d’Allah, et tout mal qui t’atteint vient de toi-même »).
En appui de la défense, Coran 3:165, sur la défaite d’Uhud : قُلْ هُوَ مِنْ عِندِ أَنفُسِكُمْ ۗ إِنَّ ٱللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَىْءٍ قَدِيرٌ (« dis : cela vient de chez vous-mêmes. Certes Allah est puissant sur toute chose »).
La charge.
Deux versets contigus sur le même sujet, dont l’un renvoie tout à Allah et l’autre le mal à l’homme. La contiguïté la rend réelle à première vue, ce qui interdit l’objection infondée.
La défense de la tradition.
La réconciliation à deux niveaux est celle de l’exégèse ancienne, antérieure à la polémique moderne. Chez al-Ṭabarī, al-Suddī glose « min nafsika » (« de toi-même ») par « de ton péché », et Qatāda par « châtiment, ô fils d’Ādam, pour ton péché », avant d’ajouter que tout vient d’Allah, les bienfaits comme les malheurs. Chez al-Baghawī, la question de l’accord des deux versets est posée de front : « tout vient de chez Allah » couvre l’abondance et la disette, la victoire et la défaite, tandis que « de toi-même » nomme la faute pour laquelle le mal est envoyé.
La distinction trouve son appui dans le Coran même. 3:165 emploie pour les hommes le tour que 4:78 emploie pour Allah, « de chez », et fait tenir les deux attributions dans un seul verset : la défaite vient de chez eux, et Allah reste puissant sur toute chose. Ibn Zayd, chez al-Ṭabarī, renvoie déjà 4:79 à 3:165, et al-Qurṭubī tient 3:165 pour le pendant de 4:79 : la distinction n’est pas posée après coup sur deux versets contigus, et un lecteur neutre la trouve raisonnable.
Le verdict.
Objection écartée. La réconciliation a un prix, que la tradition paie en toutes lettres. Abū Ṣāliḥ, chez al-Ṭabarī, lit « de toi-même » comme « par ton péché, et c’est Moi qui l’ai décrété sur toi ». Al-Rāzī, lui, ne distingue pas deux niveaux : dans Mafātīḥ al-Ghayb, sur 4:78 et 4:79, il tire de « tout vient de chez Allah » que les actes d’obéissance comme ceux de désobéissance viennent tous d’Allah, et répond aux muʿtazilites que « de toi-même » relève des convenances du discours sur Allah et non d’une attribution réelle. La difficulté quitte alors le couple des deux versets pour le décret lui-même : cette charge se juge au dossier de la volonté conditionnée et au dossier du scellement des cœurs, où elle pèse.
Ce qui renverserait ce verdict : l’établissement que 3:165 ne fait pas tenir ensemble les deux attributions, ou que l’exégèse classique ne rapproche pas 3:165 de 4:79 : la distinction perdrait son appui interne et redeviendrait une glose posée après coup sur deux versets contigus.
Objection écartée.Défense : distinction conceptuelle.
Les pièces du dossier · 3
- Coran 4:78vérifiée sur alquran.cloud
- Coran 4:79vérifiée sur alquran.cloud
- Coran 3:165texte via alquran.cloud