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Croire sur parole pièces

Troisième partie : les objections écartées (C) · Récits, droit, théologie, médecine prophétique

Cote 72/81

9. Le jugement contrefactuel des enfants des polythéistes

Les textes.

Muslim 2662a, ṣaḥīḥ, sur le garçon tué par al-Khiḍr : إِنَّ الْغُلاَمَ الَّذِي قَتَلَهُ الْخَضِرُ طُبِعَ كَافِرًا وَلَوْ عَاشَ لأَرْهَقَ أَبَوَيْهِ طُغْيَانًا وَكُفْرًا (« le garçon que tua al-Khiḍr fut scellé (imprimé) mécréant ; s’il avait vécu, il aurait accablé ses deux parents de rébellion et de mécréance »).

S’y ajoute le récit coranique de cette mort, Coran 18:80, où al-Khiḍr s’en explique : وَأَمَّا ٱلْغُلَـٰمُ فَكَانَ أَبَوَاهُ مُؤْمِنَيْنِ فَخَشِينَآ أَن يُرْهِقَهُمَا طُغْيَـٰنًا وَكُفْرًا (« quant au garçon, ses deux parents étaient croyants, et nous avons craint qu’il ne les accable de rébellion et de mécréance »).

Muslim 2661, ṣaḥīḥ, réponse du Prophète interrogé sur les enfants des polythéistes : اللَّهُ أَعْلَمُ بِمَا كَانُوا عَامِلِينَ إِذْ خَلَقَهُمْ (« Allah sait le mieux ce qu’ils auraient fait, lorsqu’Il les créa »).

En face, Coran 53:39, sur la rétribution : وَأَن لَّيْسَ لِلْإِنسَـٰنِ إِلَّا مَا سَعَىٰ (« et qu’il n’est pour l’homme que ce à quoi il s’est efforcé »).

La charge.

Le garçon est mis à mort en raison d’une mécréance future jamais actualisée, et les enfants morts en bas âge sont référés à ce qu’ils auraient fait, quand 53:39 indexe la rétribution sur le seul effort accompli.

La défense de la tradition.

53:39 régit la rétribution eschatologique, non la longueur des vies. Muslim 2661 est, selon al-Nawawī, un énoncé de science divine : il dit ce qu’Allah sait, non ce qu’il adviendra de ces enfants. Quant au garçon, 18:80 donne le motif de sa mort, la préservation de ses parents croyants, et al-Khiḍr déclare, au terme du récit, n’avoir pas agi de son propre chef (18:82) : un décret exécuté, non un châtiment de l’au-delà, donc hors du champ de 53:39. Sur 18:80, Ibn Kathīr rapporte de Qatāda que le décret d’Allah pour le croyant, dans ce qu’il déteste, vaut mieux pour lui que dans ce qu’il aime : la mort du garçon est alors une faveur faite aux parents, non une peine infligée à l’enfant.

La tradition dispose en outre de positions qui évitent tout jugement sur du contrefactuel : le Paradis pour ces enfants, position qu’al-Nawawī tient pour correcte au titre de 17:15, qui exclut tout châtiment avant l’envoi d’un messager ; ou l’épreuve au Jour du jugement, qu’Ibn Ḥajar donne pour établie par des voies authentiques dans le cas des gens de la fatra.

Le verdict.

Objection écartée. La conjonction n’est pas insatisfiable. Le résidu réel, une mécréance constitutive imprimée dès la création, ne fonde pas de contradiction autonome et est renvoyé au dossier des créatures créées pour la Géhenne, où il pèse.

Ce qui renverserait ce verdict : l’établissement que Muslim 2661 prononce un verdict eschatologique et non un énoncé de science divine, ou que la mort du garçon est présentée comme un châtiment de l’au-delà : le contrefactuel entrerait dans le champ de 53:39.

Objection écartée.Défense : restriction de portée.

Les pièces du dossier · 6