9. Les durées divergentes du séjour mecquois
Les textes.
Bukhārī 5900 (ṣaḥīḥ), d’Anas : بَعَثَهُ اللَّهُ عَلَى رَأْسِ أَرْبَعِينَ سَنَةً، فَأَقَامَ بِمَكَّةَ عَشْرَ سِنِينَ، وَبِالْمَدِينَةِ عَشْرَ سِنِينَ، وَتَوَفَّاهُ اللَّهُ عَلَى رَأْسِ سِتِّينَ سَنَةً « Allah l’envoya au seuil de quarante ans ; il demeura dix ans à La Mecque et dix ans à Médine, et Allah le rappela au seuil de soixante ans ».
Bukhārī 3902 (ṣaḥīḥ), d’Ibn ʿAbbās : بُعِثَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم لأَرْبَعِينَ سَنَةً، فَمَكُثَ بِمَكَّةَ ثَلاَثَ عَشْرَةَ سَنَةً يُوحَى إِلَيْهِ، ثُمَّ أُمِرَ بِالْهِجْرَةِ فَهَاجَرَ عَشْرَ سِنِينَ، وَمَاتَ وَهُوَ ابْنُ ثَلاَثٍ وَسِتِّينَ « L’Envoyé d’Allah fut missionné à quarante ans, demeura treize ans à La Mecque recevant la révélation, puis reçut l’ordre d’émigrer, vécut dix ans émigré, et mourut âgé de soixante-trois ans ».
Muslim 2353a (ṣaḥīḥ), du même Ibn ʿAbbās, donne quinze ans à La Mecque, ce qui met la mort à soixante-cinq ans ; Muslim 2353c énonce cet âge directement.
La charge.
Les Ṣaḥīḥayn transmettent ainsi trois comptes que la lettre rend mutuellement exclusifs.
La défense de la tradition.
D’abord, l’âge de soixante-trois ans est corroboré dans le chapitre même où Muslim range le compte de quinze ans, par ʿĀʾisha, par Ibn ʿAbbās, par Muʿāwiya et par Anas lui-même en Muslim 2348. Le « seuil de soixante » vient donc de celui-là même qui atteste par ailleurs soixante-trois : c’est un arrondi, non un chiffre concurrent, et l’arabe retranche couramment le reste sous la dizaine (ḥadhf al-kusūr).
Ensuite, le compte de quinze ans tient à un seul transmetteur, ʿAmmār, client des Banū Hāshim, sur lequel les réserves sont anciennes : Shuʿba, l’ayant interrogé, l’avait trouvé hésitant, et al-Bukhārī écrit de lui, sur ce rapport, qu’« il n’est pas suivi ». Ce même ʿAmmār donne en Muslim 2353e le détail de ses quinze années mecquoises : sept ans où le Prophète entendait la voix et voyait la lumière sans rien voir d’autre, puis huit ans de révélation. Ce détail dit qu’il ne comptait pas les mêmes années, sans rapprocher pour autant les deux comptes : il ne reste chez lui que huit ans de révélation à La Mecque, là où Bukhārī 3902 en donne treize. La divergence ne se concilie donc pas, elle se départage : Ibn Ḥajar, dans Fatḥ al-Bārī, tient les treize ans pour plus sûrs que ce que Muslim rapporte par une autre voie.
Le verdict.
Objection écartée. Enfin, aucun enjeu dogmatique ne pèse sur ces chiffres : ce sont des durées vécues et des âges, terrain où l’approximation de mémoire est attendue. Écarter un rapport isolé que personne ne corrobore, face à une attestation multiple, est la pratique ordinaire, y compris pour un historien séculier.
Ce qui renverserait ce verdict : l’établissement que l’attestation d’Anas en Muslim 2348 porte soixante et non soixante-trois, ou que les réserves sur ʿAmmār ont été formées pour les besoins de cette divergence et non indépendamment d’elle. L’écart cesserait alors de relever de l’arrondi et du rapport isolé, et opposerait de nouveau des pièces ṣaḥīḥ entre elles.
Objection écartée.Défense : critique du rapporteur.
Les pièces du dossier · 6
- Bukhārī 5900vérifiée sur sunnah.com
- Bukhārī 3902vérifiée sur sunnah.com
- Muslim 2353avérifiée sur sunnah.com
- Muslim 2353ctexte via hadith-api
- Muslim 2348vérifiée sur hadith-api
- Muslim 2353evérifiée sur hadith-api