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Croire sur parole pièces

Deuxième partie : les tensions non résolues (B) · Cosmologie et astronomie

Cote 7/81

2. La création en sept jours de Muslim 2789 contre les six jours coraniques

Les textes.

Muslim 2789 (Kitāb ṣifat al-qiyāma wa-l-janna wa-l-nār ; le grade est ici l’objet même du litige), rapporté par Abū Hurayra : أَخَذَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم بِيَدِي فَقَالَ خَلَقَ اللَّهُ عَزَّ وَجَلَّ التُّرْبَةَ يَوْمَ السَّبْتِ وَخَلَقَ فِيهَا الْجِبَالَ يَوْمَ الأَحَدِ وَخَلَقَ الشَّجَرَ يَوْمَ الاِثْنَيْنِ وَخَلَقَ الْمَكْرُوهَ يَوْمَ الثُّلاَثَاءِ وَخَلَقَ النُّورَ يَوْمَ الأَرْبِعَاءِ وَبَثَّ فِيهَا الدَّوَابَّ يَوْمَ الْخَمِيسِ وَخَلَقَ آدَمَ عَلَيْهِ السَّلاَمُ بَعْدَ الْعَصْرِ مِنْ يَوْمِ الْجُمُعَةِ فِي آخِرِ الْخَلْقِ « Le Messager d’Allah, qu’Allah le bénisse et le salue, me prit par la main et dit : Allah, Puissant et Majestueux, créa le sol (al-turba) le samedi, y créa les montagnes le dimanche, créa les arbres le lundi, créa le désagréable (al-makrūh : le mal, la nuisance) le mardi, créa la lumière le mercredi, y répandit les bêtes le jeudi et créa Ādam, sur lui la paix, après le milieu de l’après-midi (ʿaṣr) du vendredi, en dernière création ».

En face, le décompte coranique, instruit au dossier des six jours de la création : Coran 7:54 (de même 10:3, 11:7 et 25:59), خَلَقَ ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَٱلْأَرْضَ فِى سِتَّةِ أَيَّامٍۢ « [Allah] a créé les cieux et la terre en six jours », et le détail de Fuṣṣilat (41:9-12), qui réserve deux des six jours aux sept cieux.

La contradiction.
P1

Muslim 2789 remplit les sept jours nommés de la semaine, du samedi au vendredi, avec le seul aménagement terrestre, sans un mot des cieux.

P2

Le Coran fixe à six jours la création des cieux et de la terre, six jours que l’harmonisation classique du décompte de Fuṣṣilat, au dossier des six jours de la création, identifie du dimanche au vendredi (al-Ṭabarī, Ibn Kathīr).

P3

Le hadith contredit ce calendrier dès son premier mot, la turba étant créée le samedi.

donc

Le décompte du hadith ne rejoint celui du Coran ni par le nombre des jours, ni par leur rang dans la semaine, et il ne laisse aucun jour aux cieux, auxquels Fuṣṣilat en réserve deux.

L’incompatibilité n’est pas une lecture hostile : Ibn Taymiyya en fait le motif même de sa récusation du hadith.

La défense de la tradition.

La réponse dominante ne réconcilie pas les textes : elle récuse le rapporteur. Al-Bukhārī (al-Tārīkh al-kabīr) documente une voie concurrente et la juge meilleure : وقال بعضهم عن أبي هريرة عن كعب وهو أصح (« certains le rapportent d’Abū Hurayra d’après Kaʿb, et c’est plus authentique ») ; l’énoncé serait une parole de Kaʿb al-Aḥbār, converti issu du judaïsme et canal classique de la matière israélite, erronément élevée au rang prophétique.

Ibn al-Madīnī (mort en 849), disparu avant même que Muslim n’achève son Ṣaḥīḥ, avait critiqué le hadith ; Ibn Taymiyya (Majmūʿ al-fatāwā) tranche que le hadith a été récusé par plus savant que son éditeur : فإن هذا طعن فيه من هو أعلم من مسلم مثل يحيى بن معين ومثل البخاري وغيرهما « celui-ci a été attaqué par de plus savants que Muslim, comme Yaḥyā b. Maʿīn, comme al-Bukhārī et d’autres », et il conclut وهذا هو الصواب « c’est là ce qui est juste », la création en six jours étant établie par tawātur ; Ibn Kathīr le classe parmi les singularités (gharāʾib) du Ṣaḥīḥ de Muslim ; Ibn al-Qayyim suit dans al-Manār al-munīf, avec le même motif : le Coran annonce six jours, le hadith en demande sept.

En face, l’authenticité a ses garants : Muslim l’a retenu, Ibn Khuzayma et Ibn Ḥibbān le recueillent chacun dans son Ṣaḥīḥ, Ibn al-Anbārī et Ibn al-Jawzī le tiennent pour authentique, concession que rapporte Ibn Taymiyya lui-même.

Ce camp ne défend pas seulement la transmission : il lit les deux textes ensemble. Al-Suhaylī, dans al-Rawḍ al-unuf, compte six jours de création avant le vendredi, en remontant jusqu’au samedi, et laisse au vendredi la seule création d’Ādam. Il s’étonne qu’al-Ṭabarī, malgré son érudition, ait contredit ce qu’exige ce hadith et réfuté durement Ibn Isḥāq, pour pencher vers le premier jour au dimanche, thèse qu’al-Suhaylī donne pour celle des juifs. Al-Muʿallimī reprend cette lecture dans al-Anwār al-kāshifa et l’appuie sur le Coran : aucun verset ne place la création d’Ādam à l’intérieur des six jours, et le vendredi tombe donc hors du compte.

Al-Albānī prend une autre route, dans son édition commentée du Mishkāt al-Maṣābīḥ : les six jours du Coran ne seraient pas des jours de semaine mais des jours d’une autre mesure, et les sept du hadith décriraient l’aménagement ultérieur de la surface terrestre, jusqu’à ce qu’elle devienne habitable. IslamQA (fatwa arabe 145806) expose les deux lectures et conclut que ni l’une ni l’autre ne laisse subsister de contradiction.

La récusation a elle aussi ses points faibles, à commencer par sa pièce maîtresse. La critique d’Ibn al-Madīnī, telle que la rapporte al-Bayhaqī (al-Asmāʾ wa-l-ṣifāt), est une conjecture, ما أرى إسماعيل بن أمية أخذ هذا إلا من إبراهيم بن أبي يحيى (« Ismāʿīl b. Umayya n’aurait pu tenir cela que d’Ibrāhīm b. Abī Yaḥyā ») : le transmetteur ainsi supposé est disqualifié, mais il n’est pas un homme de la chaîne retenue par Muslim (Ibn Jurayj, Ismāʿīl b. Umayya, Ayyūb b. Khālid, ʿAbd Allāh b. Rāfiʿ, Abū Hurayra) : c’est un intermédiaire supposé derrière Ismāʿīl b. Umayya.

Muḥammad ʿAwwāma, relayé par la synthèse de l’ICRAA, ajoute deux objections : « aṣaḥḥ » (« plus authentique ») chez al-Bukhārī ne disqualifie pas nécessairement la voie prophétique, et les rapports avérés de Kaʿb font commencer la création le dimanche, ce qui fragilise l’attribution même.

Le verdict.

La défense dominante n’est pas une réconciliation : elle expulse l’une des pièces d’un recueil que l’article 1 tient pour admissible par construction. Pas de contradiction établie : la critique du rapporteur est un mécanisme interne réel des sciences du hadith, formulé dès les classiques et antérieur de dix siècles à la polémique moderne, appliqué ici selon la définition même du ṣaḥīḥ, qui exige l’absence de défaut caché ; rien d’ad hoc dans son principe.

Mais pas d’acquittement non plus, pour deux raisons que le dossier rend inséparables. D’abord, onze siècles n’ont produit aucune convergence : Muslim, Ibn Khuzayma, Ibn Ḥibbān, Ibn al-Anbārī, Ibn al-Jawzī, al-Suhaylī, puis al-Muʿallimī et al-Albānī maintiennent l’authenticité contre Ibn al-Madīnī, al-Bukhārī, al-Bayhaqī, Ibn Taymiyya, Ibn Kathīr et Ibn al-Qayyim ; le geste qui sauverait le décompte coranique n’a jamais été ratifié par la tradition, seule habilitée à le rendre naturel.

Ensuite, le statut du recueil : tenir pour non prophétique un matn que le Ṣaḥīḥ de Muslim donne pour tel, c’est sacrifier l’une des deux autorités que la tradition tient ensemble, le décompte coranique ou le Ṣaḥīḥ ; c’est le prix de la voie dominante, et l’audit le compte par cohérence interne, comme il a compté au dossier de la lapidation le repli d’al-Bāqillānī tenant pour erronée l’assertion d’un matn de Bukhārī.

Les deux voies qui épargnent le Ṣaḥīḥ paient un autre prix. Celle d’al-Suhaylī garde les jours de la semaine, mais elle doit ouvrir la création le samedi, contre al-Ṭabarī, al-Qurṭubī, Ibn Kathīr et Ibn Taymiyya. Elle doit surtout loger les cieux dans un hadith qui ne les nomme pas : al-Muʿallimī y parvient en lisant dans la lumière du mercredi et les bêtes du jeudi l’indice des corps célestes, quand Fuṣṣilat réserve aux cieux deux jours en propre. Celle d’al-Albānī sort les six jours coraniques de la semaine, ce qui retire à l’exégèse le calendrier dimanche-vendredi par lequel elle harmonise Fuṣṣilat. Chacune sauve un texte en cédant ailleurs. Tension non résolue confirmée.

Ce qui renverserait ce verdict : une exégèse ralliée au samedi comme premier jour de la création, qui logerait les cieux dans les jours nommés du hadith et ferait de la lecture d’al-Suhaylī la lecture reçue ; ou l’abandon documenté de l’authenticité par la lignée qui la maintient de Muslim à al-Albānī, qui rendrait la critique du rapporteur naturelle au lieu de la laisser disputée depuis onze siècles.

Tension non résolue.Défense : critique du rapporteur.

Les pièces du dossier · 6