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Croire sur parole pièces

Deuxième partie : les tensions non résolues (B) · Cosmologie et astronomie

Cote 6/81

1. Six jours de création contre le décompte 2+4+2 de Fuṣṣilat

Les textes.

Quatre versets portent le dossier.

Coran 7:54 (de même 10:3, 11:7 et 25:59) : إِنَّ رَبَّكُمُ ٱللَّهُ ٱلَّذِى خَلَقَ ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَٱلْأَرْضَ فِى سِتَّةِ أَيَّامٍۢ ثُمَّ ٱسْتَوَىٰ عَلَى ٱلْعَرْشِ « Votre Seigneur est Allah qui a créé les cieux et la terre en six jours, puis s’est établi sur le Trône ».

Coran 41:9 : قُلْ أَئِنَّكُمْ لَتَكْفُرُونَ بِٱلَّذِى خَلَقَ ٱلْأَرْضَ فِى يَوْمَيْن « Dis : renierez-vous Celui qui a créé la terre en deux jours ? ».

Coran 41:10 : وَجَعَلَ فِيهَا رَوَٰسِىَ مِن فَوْقِهَا وَبَـٰرَكَ فِيهَا وَقَدَّرَ فِيهَآ أَقْوَٰتَهَا فِىٓ أَرْبَعَةِ أَيَّامٍ سَوَآءً لِّلسَّآئِلِين « Il y a placé des montagnes ancrées par-dessus, l’a bénie et y a déterminé ses subsistances, en quatre jours, exactement (sawāʾan), pour ceux qui interrogent ».

Coran 41:12 : فَقَضَىٰهُنَّ سَبْعَ سَمَـٰوَاتٍ فِى يَوْمَيْن « Il en décréta sept cieux en deux jours ».

La contradiction.
P1

Coran 7:54 et ses parallèles fixent la création des cieux et de la terre en six jours au total.

P2

Coran 41:9-12 détaille trois phases munies chacune de son complément de durée, deux jours pour la terre, quatre pour les montagnes et les subsistances, deux pour les sept cieux, soit 2 + 4 + 2 = 8.

donc

Sous le sens additionnel apparent de l’énumération, huit jours contredisent le total de six.

Tout tient donc à une question de lecture : les « quatre jours » de 41:10 s’ajoutent-ils aux deux de 41:9, ou les incluent-ils ? Six ne font huit que sous la première lecture ; la seconde, cumulée, ramène le compte, et c’est elle que la tradition retient.

La défense de la tradition.

La solution reçue tient « en quatre jours » pour un total récapitulatif, qui englobe les deux jours de la terre au lieu de s’y ajouter. Al-Zajjāj y voit une ellipse et supplée le mot qui manque : « dans ce qui porte le compte à quatre jours ». Al-Qurṭubī l’illustre par le voyage (« de Bassora à Bagdad en dix jours, et jusqu’à Koufa en quinze » : les quinze incluent les dix). Al-Baghawī l’illustre par le mariage (« j’ai épousé hier une femme, et aujourd’hui deux » : les deux incluent celle d’hier), analogie qu’al-Ṭabarī donnait déjà d’après des grammairiens de Bassora qu’il ne nomme pas. Al-Shinqīṭī endosse cette lecture dans Aḍwāʾ al-bayān, d’où Islamweb la reprend (fatwa anglaise 262609), et IslamQA en fait sa réponse (n. 31865).

Al-Rāzī pose l’objection sous sa forme entière avant d’y répondre. Sur 41:10, dans Mafātīḥ al-Ghayb, il compte la terre en deux jours, les trois aménagements en quatre jours et les cieux en deux, observe que les autres versets en donnent six et écrit que la contradiction s’ensuit. Il donne alors la réponse : « en quatre jours » vaut « avec les deux premiers ». À l’analogie du voyage il en joint une seconde, empruntée à un versement d’argent : « je t’ai donné mille en un mois, et des milliers en deux mois », où le mille entre dans les milliers et le mois dans les deux mois.

L’indice interne allégué est le mot sawāʾan (« exactement »). Qatāda et al-Suddī, que rapporte al-Ṭabarī, l’entendent de qui interroge sur la durée totale : celui-là trouvera « quatre jours, sans un de plus ni un de moins ». Al-Baghawī le rapporte d’eux, al-Zamakhsharī, al-Rāzī et Ibn ʿĀshūr le prennent à leur compte. Al-Zamakhsharī en tire pourquoi le texte n’a pas dit « en deux autres jours » : « en deux jours » se dit aussi de la plus grande partie de deux jours, tandis que le total assorti de sawāʾan impose des jours pleins. Il range d’ailleurs la formule sous un nom que l’arabe avait déjà, la fadhlaka (« le total »), pris à la tenue des comptes, où l’on pose « soit, en tout, tant » une fois l’addition faite ; Ibn ʿĀshūr et al-Ālūsī l’y rangent après lui.

Al-Ṭabarī, repris par Ibn Kathīr, identifie les jours : terre le dimanche et le lundi, subsistances le mardi et le mercredi, cieux le jeudi et le vendredi, soit 2 + 2 (cumul à 4) + 2 = 6. L’ancienneté joue pour cette lecture, et elle n’est pas née de l’objection. Le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī porte au commentaire de la sourate Fuṣṣilat un rapport donné sans chaîne complète, en taʿlīq, puis muni de la sienne dans plusieurs recensions : un homme y soumet à Ibn ʿAbbās quatre passages qui lui semblent se contredire, dont l’ordre de la terre et du ciel. Le décompte n’est pas de ceux-là, et Ibn ʿAbbās le donne pourtant en répondant, la terre et ce qu’elle porte occupant quatre jours et les cieux deux, soit six.

Le verdict.

La défense est textuellement possible, le décompte inclusif d’étapes étant un usage arabe réel, et attestée dès la première génération, ce qui exclut le classement A. Mais elle ne tire pas sa force du passage qu’elle interprète, et ses propres tenants l’écrivent. Al-Zajjāj ne lit le cumul qu’en suppléant au texte le mot qui le porte. Abū al-Baqāʾ al-ʿUkbarī, que cite al-Samīn al-Ḥalabī, le dit sans détour : sans ce sous-entendu, les jours seraient huit. Al-Ālūsī écarte la lecture additive au motif qu’elle porterait le total à huit quand le Coran répète qu’il fut de six, et al-Shinqīṭī conclut que nulle autre lecture ne peut valoir en aucun cas, pour ce même motif.

La lecture est donc fixée du dehors du passage. Dans 41:9-12 pris seul, trois compléments de durée parallèles, collés chacun à sa phase, se lisent 2+4+2 = 8. Et l’indice interne ne fait pas l’accord de ceux qui l’ont sous les yeux : al-Ṭabarī rapporte la lecture de Qatāda, puis lui préfère celle d’al-Farrāʾ, où sawāʾan (« exactement ») dit que les subsistances furent réparties également pour ceux qui en ont besoin, sans rien dire d’une durée. L’exégète qui fixe le calendrier des six jours ne tire donc pas le cumul du mot où la défense le lit.

Al-Rāzī, lui, mesure l’écart : il demande pourquoi le texte n’a pas dit « en deux autres jours », ce qui aurait été, écrit-il, plus loin du soupçon et plus loin de l’erreur. Sa réponse justifie le tour employé, elle ne le tire pas du texte. Le nom que la défense se donne ne lui va d’ailleurs qu’à moitié : un total récapitulatif suppose que le détail ait été énoncé avant lui, quand 41:9 et 41:10 ne nomment que deux des quatre jours. C’est l’objection qu’Ibn al-Munayyir oppose à al-Zamakhsharī, et qu’al-Ālūsī doit écarter en soutenant que connaître les deux sommes suffit.

S’y ajoute que la répartition des jours reste flottante. Chez al-Ṭabarī et al-Qurṭubī, les quatre jours sont contigus et les subsistances précèdent les cieux ; chez Ibn ʿAbbās tel que rapporté par Bukhārī, ils sont éclatés, la terre occupant les deux premiers et l’aménagement les deux derniers, après les cieux. Ce que les deux schémas ont en commun est le total, c’est-à-dire le résultat qu’ils ont l’un et l’autre à sauver ; ce qui les sépare s’instruit au dossier de l’ordre de création.

La défense garde donc une possibilité textuelle, au prix d’un mot que le texte ne porte pas et que ses tenants suppléent ouvertement. Tension non résolue confirmée.

Ce qui renverserait ce verdict : un emploi arabe attesté hors de ce débat, où un complément de durée récapitule celui d’une proposition antérieure sans aucun mot de totalisation. Une lecture ancienne de 41:10 portant ce mot le renverserait aussi, en faisant du cumul une donnée du texte et non un ajout de l’exégèse.

Tension non résolue.Défense : relecture lexicale.

Les pièces du dossier · 8