1. Maryam, sœur de Hārūn et fille de ʿImrān
Les textes.
Coran 19:28, le peuple de Maryam (Marie) l’interpellant après la naissance de ʿĪsā (Jésus) : يَـٰٓأُخْتَ هَـٰرُونَ مَا كَانَ أَبُوكِ ٱمْرَأَ سَوْء (« ô sœur de Hārūn, ton père n’était pas un homme de mal »).
Coran 66:12 la nomme مَرْيَمَ ٱبْنَتَ عِمْرَٰن (« Maryam, fille de ʿImrān »), et 3:35 ouvre son récit par le vœu de la femme de ʿImrān enceinte.
En défense, Muslim 2135, ṣaḥīḥ, où l’objection des chrétiens de Najrān est portée au Prophète : إِنَّهُمْ كَانُوا يُسَمُّونَ بِأَنْبِيَائِهِمْ وَالصَّالِحِينَ قَبْلَهُمْ (« ils donnaient les noms de leurs prophètes et des justes qui les avaient précédés »).
La charge.
Hārūn et ʿImrān sont les formes arabes d’Aaron et de ʿAmram, dont la Bible fait le frère et le père de Miriam. Maryam, mère de ʿĪsā, reçoit donc l’état civil exact d’une femme qui la précède de plus de douze siècles.
La défense de la tradition.
La pièce décisive est Muslim 2135 : la charge y est soulevée du vivant même du Prophète, et n’a donc jamais été une bévue passée inaperçue. L’appellation « sœur de Hārūn » est couverte deux fois. Le hadith donne la nomination commémorative d’après les justes, que corrobore l’onomastique du Second Temple : Mariam est alors le nom féminin le plus répandu de Palestine (lexique de Tal Ilan). Ibn Kathīr rapporte d’al-Suddī une seconde lecture, l’affiliation à une lignée : « sœur de Hārūn » comme on dit « ô frère de Tamīm » à un homme de cette tribu. Luc 1:5 atteste la même tournure hors du corpus : Élisabeth y est dite « d’entre les filles d’Aaron ».
Le verdict.
Objection écartée sur un partage précis. Aucune de ces deux lectures ne couvre « la femme de ʿImrān » enceinte de Maryam (3:35-36), qui exige une hypothèse de plus : un père réellement nommé ʿImrān, homonyme du père de Miriam, sans attestation externe ; c’est le résidu que l’en-tête « dédoublement » assume. La défense n’a donc pas la même force sur les deux points, documentée pour l’appellation, nue pour le père. Si le classement C tient, c’est qu’aucun fait établi au sens de l’article 5 de la charte ne vient contredire l’hypothèse du second ʿImrān : le nom « Joachim » n’est pas biblique mais vient du Protévangile de Jacques (vers 150), texte légendaire, et rien ne fixe le nom réel du père de Maryam.
Le résidu, cette hypothèse que seule la tradition musulmane documente, est versé au dossier du faisceau des conflations littéraires, dans la section des récits.
Ce qui renverserait ce verdict : un nom du père de Maryam autre que ʿImrān, attesté par une source antérieure à l’islam et indépendante du Protévangile de Jacques. L’hypothèse du second ʿImrān se heurterait alors à un fait établi, au lieu de rester seulement inattestée.
Objection écartée.Défense : dédoublement.
Les pièces du dossier · 6
- Coran 19:28vérifiée sur alquran.cloud
- Coran 66:12vérifiée sur alquran.cloud
- Coran 3:35vérifiée sur alquran.cloud
- Muslim 2135vérifiée sur abuaminaelias.com
- Luc 1:5texte via getbible.net
- Coran 3:35-36texte via alquran.cloud