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Croire sur parole pièces

Quatrième partie : ce que l’audit a rejeté · Les objections infondées

Cote 81/81

3. Les quarante ans entre les deux mosquées (Bukhārī 3366)

Les textes.

Bukhārī 3366, avec parallèle chez Muslim 520, tous deux ṣaḥīḥ : أَىُّ مَسْجِدٍ وُضِعَ فِي الأَرْضِ أَوَّلُ … الْمَسْجِدُ الْحَرَامُ … ثُمَّ أَىٌّ … الْمَسْجِدُ الأَقْصَى … كَمْ كَانَ بَيْنَهُمَا … أَرْبَعُونَ سَنَةً (« Quelle mosquée fut posée en premier sur la terre ? … al-Masjid al-Ḥarām [la Mosquée sacrée, à La Mecque] … puis laquelle ? … al-Masjid al-Aqṣā [la Mosquée la plus éloignée, à Jérusalem] … combien y eut-il entre les deux ? … quarante ans »).

Coran 3:96, sur la première Maison : إِنَّ أَوَّلَ بَيْتٍ وُضِعَ لِلنَّاسِ لَلَّذِى بِبَكَّة (« La première Maison posée pour les gens est certes celle de Bakka »).

La charge.

Le hadith d’Abū Dharr place quarante ans entre l’établissement d’al-Masjid al-Ḥarām et celui d’al-Masjid al-Aqṣā, alors qu’environ mille ans séparent Ibrāhīm (Abraham), constructeur de la Kaʿba (2:127), de Sulaymān (Salomon), constructeur de Bayt al-Maqdis, le sanctuaire de Jérusalem.

La défense de la tradition.

Ibn al-Jawzī, qui soulève lui-même la difficulté, la résout en distinguant fondation primordiale et construction célèbre, solution partagée par al-Qurṭubī et à laquelle Ibn Ḥajar donne la préférence dans le Fatḥ al-Bārī : Ibrāhīm et Sulaymān furent des rénovateurs, non des fondateurs premiers. Cette distinction n’est pas une rustine postérieure au problème : wuḍiʿa est le verbe exact de 3:96, et le Coran présente la Maison comme préexistante à la construction abrahamique (2:127, 22:26, 14:37), tandis que le corpus emploie banā (« bâtir ») pour de simples reconstructions (Bukhārī 1583).

Deux autres voies nomment les bâtisseurs, et aucune ne place Sulaymān dans l’intervalle. Ibn Kathīr écarte dans al-Bidāya la lecture même dont la charge a besoin : ومعلوم أن بين إبراهيم الذي بنى المسجد الحرام، وبين سليمان بن داود عليهما السلام، أزيد من ألف سنة. دع أربعين سنة « et il est connu qu’entre Ibrāhīm, celui qui bâtit al-Masjid al-Ḥarām, et Sulaymān fils de Dāwūd (David), il y a plus de mille ans ; laisse de côté les quarante ans ». Sulaymān n’a selon lui que rénové Bayt al-Maqdis : le premier à en avoir fait une mosquée fut Yaʿqūb (Jacob), petit-fils d’Ibrāhīm, et l’intervalle du hadith court du grand-père au petit-fils. C’est la voie que le témoin contemporain du consensus tient pour la plus apparente (Islamweb, fatwa arabe 3286). Ibn ʿĀshūr, lui, resserre l’intervalle dans une seule vie : le hadith, écrit-il dans al-Taḥrīr wa-l-tanwīr, établit qu’al-Masjid al-Aqṣā est de la construction d’Ibrāhīm, puisque la durée qu’il fixe tient dans la vie de celui-ci.

Le verdict.

Objection infondée. La charge exige la prémisse que le wuḍiʿa (« fut posée ») du hadith désigne ces deux constructions ; or aucune autorité de la tradition ne lit ainsi le hadith, ce qui suffit à rendre la charge irrecevable au titre de la règle d’or. Aucun texte admissible ne fait de Sulaymān le fondateur premier d’al-Aqṣā : al-Nasāʾī 693 dit lammā banā, « lorsqu’il bâtit », ce qui se dit aussi bien d’une reconstruction. Le juge relève un coût résiduel honnête, la tradition ne s’accordant pas sur l’identité de ce fondateur, mais une ignorance laissée ouverte par le texte n’est pas une insatisfiabilité logique.

Ce qui renverserait ce verdict : l’attestation d’une autorité de la tradition lisant le wuḍiʿa de Bukhārī 3366 comme désignant les constructions d’Ibrāhīm et de Sulaymān : la prémisse que la charge exige cesserait de lui être propre.

Objection infondée.Défense : distinction conceptuelle.

Les pièces du dossier · 8