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Croire sur parole pièces

Troisième partie : les objections écartées (C) · Abrogation, cohérence du texte, récits de la révélation

Cote 53/81

3. Le naskh contre les paroles immuables (kalimāt)

Les textes.

Coran 10:64, sur la bonne nouvelle promise aux alliés d’Allah : لَا تَبْدِيلَ لِكَلِمَـٰتِ ٱللَّه « nulle substitution aux paroles d’Allah ».

Même sens en 6:115, لَّا مُبَدِّلَ لِكَلِمَـٰتِه « nul ne substitue à Ses paroles », et la même phrase en 18:27, où elle suit l’ordre « Récite ce qui t’a été révélé du Livre de ton Seigneur ».

Coran 16:101, sur le reproche d’imposture fait au Prophète quand la révélation varie : وَإِذَا بَدَّلْنَآ ءَايَةً مَّكَانَ ءَايَة « et quand Nous substituons un verset à la place d’un verset », même racine b-d-l mais sujet divin.

S’y ajoutent Coran 2:106, le verset de l’abrogation, qui promet en remplacement « un meilleur ou un semblable », et Coran 10:15, où l’on réclame au Prophète un autre Coran et où il répond qu’il ne lui appartient pas de le changer de son propre chef.

La charge.

Le corpus nie toute substitution aux paroles divines tout en décrivant la révélation comme procédant par substitution de versets.

La défense de la tradition.

Deux restrictions classiques, attestées dès al-Ṭabarī et non forgées contre l’objection, dissolvent la conjonction. La lecture par l’agent : la négation vise un substituteur autre qu’Allah. La distribution interne du corpus l’appuie : le tabdīl blâmé est toujours le fait d’agents créés, en 2:59, 7:162, 48:15 et surtout en 10:15, tandis que 16:101 a un sujet divin.

La lecture contextuelle : les versets d’immutabilité portent sur les promesses et menaces (akhbār), régime distinct des prescriptions abrogeables. En 18:27, la phrase d’immutabilité suit l’ordre de réciter le Livre, ce qui paraît l’étendre aux prescriptions. Al-Ṭabarī l’y rapporte pourtant à la menace faite à qui désobéit, comme il rapporte celle de 10:64 à la promesse qu’Allah ne rompt pas.

Reste une objection : substituer une règle à une autre, ce serait avoir changé d’avis. Al-Qurṭubī, sur 2:106, répond que ce n’est pas un revirement : وليس هذا من باب البداء بل هو نقل العباد من عبادة إلى عبادة ، وحكم إلى حكم ، لضرب من المصلحة « ce n’est pas là du badāʾ, mais le passage des serviteurs d’un culte à un autre, d’une règle à une autre, pour un bien ». Et il en donne la raison, avec son image : وإنما كان يلزم البداء لو لم يكن عالما بمآل الأمور ، وأما العالم بذلك فإنما تتبدل خطاباته بحسب تبدل المصالح ، كالطبيب المراعي أحوال العليل … فخطابه يتبدل ، وعلمه وإرادته لا تتغير « le badāʾ ne suivrait que s’Il ignorait où vont les choses ; mais Celui qui le sait voit Ses adresses changer selon que changent les biens, comme le médecin qui suit les états du malade … Son adresse change, Sa science et Sa volonté ne changent pas ». La question du badāʾ est instruite pour elle-même au dossier du naskh et de la science divine.

Le verdict.

Objection écartée. Que l’apologétique moderne surexploite ces versets comme preuve d’inaltérabilité du texte est une critique fondée de sa rhétorique, mais ne rend pas le corpus contradictoire.

Ce qui renverserait ce verdict : l’établissement que les versets d’immutabilité visent aussi les prescriptions et non les seuls akhbār, ou que la négation du tabdīl porte sur un substituteur quelconque et non sur un agent créé : la distribution interne du corpus cesserait de porter la défense.

Objection écartée.Défense : restriction de portée.

Les pièces du dossier · 9