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Croire sur parole pièces

Quatrième partie : ce que l’audit a rejeté · Les objections infondées

Cote 79/81

1. La triade Dieu, ʿĪsā et Maryam (5:116)

Les textes.

Coran 5:116, où Dieu interroge ʿĪsā (Jésus) au jour du Jugement : ءَأَنتَ قُلْتَ لِلنَّاسِ ٱتَّخِذُونِى وَأُمِّىَ إِلَـٰهَيْنِ مِن دُونِ ٱللَّه (« Est-ce toi qui as dit aux gens : prenez-moi, moi et ma mère, comme deux dieux en dehors de Dieu ? »).

Coran 5:73, contre ceux qui font de Dieu l’un de trois : لَّقَدْ كَفَرَ ٱلَّذِينَ قَالُوٓا۟ إِنَّ ٱللَّهَ ثَالِثُ ثَلَـٰثَة (« Ont certes mécru ceux qui ont dit : Dieu est le troisième de trois »).

Coran 9:31, sur les gens du Livre : ٱتَّخَذُوٓا۟ أَحْبَارَهُمْ وَرُهْبَـٰنَهُمْ أَرْبَابًا مِّن دُونِ ٱللَّه (« Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines comme seigneurs en dehors de Dieu »).

La charge.

En joignant 5:116 et 5:73, le Coran décrirait faussement la Trinité comme une triade incluant Maryam (Marie), alors qu’aucune confession chrétienne attestée ne l’a professée.

La défense de la tradition.

La défense classique ne lit pas dans le verset l’exposé d’un dogme. Al-Qurṭubī écrit que la phrase n’est pas une question, bien qu’elle en ait la forme : elle blâme ceux qui ont prêté ce propos à ʿĪsā. Al-Ṭabarī pose la même difficulté, celle d’un Dieu qui interroge sur ce dont il connaît la réponse, et y voit un avertissement adressé à ʿĪsā, joint à l’annonce que les siens ont changé son enseignement après lui. Il glose « prenez-moi, moi et ma mère, comme deux dieux » par « deux objets d’adoration que vous adorez en dehors de Dieu » : ce que le verset impute est un culte rendu, non un article de foi. Ibn Kathīr y voit le même blâme, adressé aux chrétiens devant témoins.

Al-Rāzī et al-Qurṭubī posent en outre l’objection elle-même : les chrétiens n’ont pas fait de Maryam une divinité. Leur réponse est une conséquence. Un dieu est un créateur, écrit al-Rāzī ; or les chrétiens tiennent ʿĪsā et Maryam, non Dieu, pour les auteurs des miracles opérés par leurs mains. Pour ces miracles au moins, ils en font donc deux dieux dont Dieu est exclu, ce qui est la formule du verset. Al-Qurṭubī tire la même conséquence de la maternité : dire que Maryam n’a pas enfanté un homme mais un dieu, c’est la mettre au rang de celui qu’elle a enfanté.

Le verbe de 5:116 est celui de 9:31, ittakhadha, « prendre pour », et l’exégèse n’y voit pas une adoration. Interrogé sur le verset, Ḥudhayfa répond que juifs et chrétiens n’adoraient pas leurs rabbins et leurs moines, mais qu’ils tenaient pour licite ce que ceux-ci leur déclaraient licite, et pour illicite ce qu’ils leur déclaraient illicite ; Ibn ʿAbbās l’explique de même. Le hadith de ʿAdī b. Ḥātim, qu’al-Tirmidhī donne pour isolé (gharīb), le fait dire au Prophète. Le verbe porte donc une conduite, non une profession de foi.

Une vénération cultuelle de Maryam est par ailleurs attestée. Vers 375, Épiphane, évêque de Salamine, reproche à des femmes d’Arabie d’offrir un pain à Maryam et y voit le culte d’une déesse (Panarion 79) ; il condamne pourtant la pratique sans trancher si le pain est offert à Maryam ou pour elle. Shoemaker reconnaît dans cette offrande la dévotion que le 4e siècle rendait aux saints, non l’adoration d’une divinité (Mary in Early Christian Faith and Devotion, Yale, 2016). La controverse sur le titre de Théotokos, « Mère de Dieu », tranchée à Éphèse en 431, fait ensuite monter fortement le culte marial : églises dédiées, fêtes, invocation de son intercession. Gabriel Said Reynolds tient l’énoncé coranique pour une exagération délibérée, une réduction à l’absurde de la vénération chrétienne de Maryam.

Le verdict.

Objection infondée. 5:116 dit précisément « deux dieux en dehors de Dieu », formule qui n’est pas trinitaire, sans mention de « trois » ni de l’Esprit : l’équation « Trinité = Dieu-ʿĪsā-Maryam » est une inférence du lecteur, non une affirmation textuelle. La défense n’a pas besoin d’une divinisation professée : au sens que 9:31 donne au verbe, une vénération cultuelle excessive suffit. L’inexistence de la cible du verset ne peut donc être établie au-delà du doute raisonnable. L’objection est infondée : la lecture qui la produit n’est pas celle des exégètes, et la règle d’or la rend irrecevable.

Ce qui renverserait ce verdict : l’établissement que l’exégèse reçue lit en 5:116 un exposé de la Trinité, et non le blâme d’un culte rendu.

Objection infondée.Défense : relecture lexicale.

Les pièces du dossier · 4