11. La basmala en tête de presque toutes les sourates : verset pour les uns, séparateur pour les autres
Les textes.
Coran 1:1, que le muṣḥaf de Ḥafṣ ʿan ʿĀṣim numérote verset 1 de la Fātiḥa : بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيم « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » ; cette formule, la basmala, est écrite en tête de 113 des 114 sourates, seule al-Tawba en étant dépourvue.
Coran 15:87, sur ce qui a été donné au Prophète : وَلَقَدْ ءَاتَيْنَـٰكَ سَبْعًا مِّنَ ٱلْمَثَانِى وَٱلْقُرْءَانَ ٱلْعَظِيم « Nous t’avons donné sept des mathānī (les répétés) et le Coran sublime ».
Bukhārī 4474 (ṣaḥīḥ) identifie ces sept par l’incipit, non par la basmala : الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ هِيَ السَّبْعُ الْمَثَانِي « “Louange à Allah, Seigneur des mondes” : ce sont les sept répétés ».
Muslim 395a (ṣaḥīḥ), hadith qudsī du partage de la prière, parcourt la sourate segment par segment et ouvre l’énumération sur الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ « Louange à Allah, Seigneur des mondes », sans la basmala.
Bukhārī 743 et Muslim 399c (ṣaḥīḥ) rapportent d’Anas que le Prophète et les premiers califes ouvraient la prière par cette même formule ; la version de Muslim ajoute لاَ يَذْكُرُونَ بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ فِي أَوَّلِ قِرَاءَةٍ وَلاَ فِي آخِرِهَا « sans mentionner la basmala au début de la récitation ni à sa fin ».
Enfin Coran 27:30, la lettre de Sulaymān (Salomon) à la reine de Saba, où la basmala clôt le verset : c’est le seul endroit du Livre dont nul ne conteste qu’elle fasse partie.
La charge.
Les écoles du décompte se partagent : Kūfa et La Mecque comptent la basmala comme premier verset de la Fātiḥa ; Médine, Bassora et Damas ne la comptent pas et atteignent pourtant les mêmes sept versets en coupant après أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ « ceux que Tu as comblés ». Deux découpages incompatibles des sept versets d’une même sourate coexistent donc. En droit, Mālik tient qu’elle n’est verset d’aucune sourate hors 27:30 et ne la récite pas dans la prière obligatoire, quand al-Shāfiʿī en fait un verset de la Fātiḥa et la prononce à voix haute ; ni l’un ni l’autre n’a été mis hors de l’orthodoxie.
Si le tawātur fixait la place des bornes autant que les mots, le statut d’une phrase écrite à l’ouverture de presque tout le Livre ne serait pas resté disputé.
La défense de la tradition.
Le décompte des versets (ʿadd al-āy) forme pourtant une discipline distincte, transmise régionalement et cataloguée par al-Dānī (al-Bayān fī ʿadd āy al-Qurʾān), qui recense six décomptes, dont deux pour Médine : tous transmettent les mêmes mots et ne divergent que sur la place des bornes. Le tawātur, lui, porte sur le lafẓ, la lettre récitée, et la tradition n’a jamais soutenu qu’il fixait la numérotation.
Cette distinction n’est pas forgée pour la circonstance : al-Dānī compile des traités du décompte plus anciens que lui. Et la lettre n’est pas en cause : la basmala est écrite dans tous les maṣāḥif, dans les mêmes mots, nul ne propose de l’ajouter ni de la retrancher, et 27:30 en atteste la révélation. Le khilāf recoupe au demeurant celui des qirāʾāt, certaines lectures marquant par la basmala la séparation des sourates et d’autres non.
Ce qui est disputé, c’est le statut de la phrase là où elle est écrite. Al-Qurṭubī laisse les trois branches ouvertes : elle figure en tête des sourates parce qu’elle est du Coran, ou parce qu’elle les sépare, ou par bénédiction, et « tout cela se peut ». Il retient la position de Mālik pour la raison même qu’invoque la charge : le Coran ne s’établit que par transmission massive, et Ibn al-ʿArabī en tire qu’une phrase dont les gens divergent n’en est pas. Ce critère ne laisse pourtant aucun statut en suspens : appliqué, il retranche du Coran la phrase disputée, quand al-Shāfiʿī l’y maintient ; chacun sait exactement ce qu’il récite.
Le verdict.
Objection écartée. La charge n’exagère rien. Al-Qurṭubī range la question parmi celles de l’effort d’interprétation, non parmi les certitudes, et note qu’en décider autrement reviendrait à excommunier des musulmans. Islamweb (fatwa anglaise 260482) le rappelle aujourd’hui : tenir la basmala pour non coranique hors 27:30 ne fait pas sortir de l’islam. Rien ne manque et rien n’est ajouté : la même phrase figure aux mêmes endroits dans tous les codex, et la sourate compte sept versets de part et d’autre. La règle d’or joue donc en faveur de la défense : la lecture qui produirait la contradiction, celle d’un tawātur garant de la numérotation, n’est celle d’aucune école de la tradition.
Quant au résidu, un texte reçu comme multi-texte encadré plutôt que comme texte unique à la lettre près, il a déjà été compté par le dossier des sept aḥruf, instruit parmi les tensions non résolues.
Ce qui renverserait ce verdict : l’établissement que la tradition a tenu le tawātur pour fixant la numérotation autant que la lettre, ou qu’une école du décompte ajoute ou retranche des mots. Le désaccord porterait alors sur les mots eux-mêmes, et non plus sur leur seul statut.
Objection écartée.Défense : distinction conceptuelle.
Les pièces du dossier · 7
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- Coran 15:87texte via alquran.cloud
- Bukhārī 4474texte via hadith-api
- Muslim 395atexte via hadith-api
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